
L'étude des courbes
algébriques est plus compliquée qu'il n'y parait a
priori. En particulier, les courbes
elliptiques, de la forme
y2 = P(x) où P est un polynôme du 3ème
degré n'admettant pas de zéros multiples, qui se
retrouvent en arithmétique dans la résolution
d'équations diophantiennes, furent -et sont encore- l'objet
d'études.
Dans le langage mathématique récent, vu la généralisation du concept aux espaces projectifs de dimension quelconque, une courbe algébrique est aussi appelée variété algébrique de dimension 1. Une surface algébrique, comme la sphère, est de dimension 2, alors que la boule qu'elle enferme est de dimension 3. Une courbe (ou une surface) définie paramétriquement fait implicitement appel aux calculs vectoriel et différentiel, ainsi qu'à la trigonométrie (coordonnées paramétriques, coordonnées polaires). On entre dans le domaine plus ardu de la géométrie différentielle, des variétés différentielles, voire de la topologie.
Riemann et notion de géométrie
différentielle : ![]()
Depuis Descartes et Fermat, avec l'aube de la géométrie analytique, une courbe algébrique plane (le terme est de Leibniz) est un ensemble de points admettant une équation cartésienne de type polynomial p(x,y) = 0. L'étude des courbes algébriques et leur classification ont été initiées par Descartes et Newton. Au 19è siècle, avec Plücker en particulier, elles furent étudiées d'un point de vue projectif (variété algébrique de dimension 1) en introduisant les coordonnées homogènes permettant de considérer de façon naturelle des points rejetés à l'infini et simplifier leur classification.
Il n'est pas dit ici que l'expression (si elle existe) de
y en fonction de
x
est polynomial ! Cela peut être mais ce n'est alors qu'un cas
particulier. Par exemple la parabole y = x2. Mais l'équation d'un
cercle, comme x2 + y2 = 4 ne peut se ramener à une telle
expression.
Le degré ou l'ordre d'une telle courbe est le degré du monôme en x et y le plus élevé.
Les courbes algébriques de degré 1 sont les droites.
Les courbes algébriques de degré 2 sont les coniques (cercle compris).
Une cubique est une courbe algébrique de degré 3.
Une quartique est une courbe algébrique de degré 4.
Une quintique, une sextique, ..., une décique, ... : la liste est infinie...
Ci-dessus : à gauche, une famille de cubiques : x3 + y3 = m, cas particulier de courbes de Lamé. Le folium de Descartes, à droite, dont une équation est : x3 + 3kxy + y3 = 0 est également une cubique.
Concernant l'ordre 3 (les cubiques), Newton dénombra 78 espèces (Enumeratio linearum lertii ordinis, Énumération des courbes du 3ème ordre, 1708). Mais Plücker en dénombra 219 en 1835 ! Les propriétés les plus importantes de ces courbes furent établies par Maclaurin (1720) et leur étude se poursuivit jusqu'à la fin du 19è siècle.
| Différentes représentations d'une courbe, paramétrage : |
Une courbe algébrique
admet parfois une représentation cartésienne simple de
la forme y = f(x) : y est explicité de façon
unique en
fonction de x. À contrario, une forme se ramenant à p(x,y) = 0 est dite
implicite
et peut conduire à plusieurs déterminations de y mais on parle encore d'équation cartésienne.
Un exemple simple est x2
+ y2 = 1 : cercle de centre 0 de
rayon 1, pour lequel on a y = ±
(1
- x2).
L'ellipse
est une courbe algébrique
d'équation cartésienne implicite :
x2/a2
+ y2/b2 = 1
coniques ,
fonctions algébriques
Une courbe algébrique peut posséder une représentation paramétrique : x = f(t) , y = g(t). On parle alors de courbe unicursale (le terme est de Cayley), du latin unus = un et cursivus, participe passé de currere = courir, pour signifier que chaque point peut être construit individuellement et rendre compte de la courbe.
L'ellipse est une courbe unicursale (comme toutes les coniques) : on peut la définir par :
| Les différents types de points d'une courbe plane : |
Une courbe étudiée sous forme implicite p(x,y) = 0 ou paramétrée x = f(t) , y = g(t) admet des points :
ordinaires ou réguliers : lorsque les fonctions dérivées f ' et g' sont non simultanément nulles;
singuliers
: rebroussement (comme
à gauche)
ou
inflexion, lorsqu'au point considéré on a
p/
x
=
p/
y
= 0 (cas implicite), f
' = g' = 0 (cas paramétré).
doubles : la courbe "repasse" sur elle même (comme à droite), cf. alinéa suivant.
isolé :
la courbe admet un point dont un voisinage ne contient aucun autre point.
Exemple à droite : y2
= x2(x
- 1). Un point M(x,y) appratient à lacourbe si et seulement si y2
est positif ou nul. C'est dire x = 0 ou x
1. C'est ainsi
que O est un point isolé.
Une courbe (resp. un arc de courbe) est dite régulière (resp. régulier) lorsque tous ses points sont réguliers et qu'elle n'admet aucun point double.
| Points doubles et points multiples d'une courbe algébrique : |
Une courbe peut posséder
des points
doubles : quand elle
"repasse" sur elle-même, comme au point D ci-contre. Une courbe sans point
double est dite simple.
Plücker a prouvé qu'une courbe
algébrique (c) de degré n possède au plus
:
points doubles à moins qu'elle ne soit dégénérée : si f(x,y) est décomposable en un produit de facteurs. De plus, lorsque le nombre de points doubles est effectivement d, la courbe est unicursale : elle admet une représentation paramétrique.
Exemple
: dans le cas de la
strophoïde, cubique
d'équation x(x2 + y2)
- a(y2 - x2) = 0, on a d = 1. C'est bien le cas. La
formule s'avérant vérifiée, on peut même conclure que la
strophoïde est unicursale.
En effet : admettant l'équation polaire r = a.cos(2t)/cost,
une équation paramétrique est alors x = a.cos(2t),
y = a.cos(2t)
tant.
points doubles d'une courbe transcendante
La courbe peut revenir plusieurs fois sur le même point : si c'est le cas p fois, on parle de point multiple d'ordre p ou de multiplicité p. Lorsqu'en un point de multiplicité p les tangentes en ce point sont distinctes, on doit, dans la formule énoncée ci-dessus, décompter p(p-1)/2 points doubles. Quand les tangentes sont confondues, la situation est ambiguë, il y a confusion des genres !
Lorsqu'en un point double les tangentes sont distinctes (les branches se croisent, comme illustré ci-dessus ou dans le folium de Descartes), on parle de noeud ou de point nodal (du latin nodus = nud); si les tangentes sont les mêmes (les branchent se touchent, sont en contact, on parle de point tacnodal (du latin tactus, de tangere = toucher, qui a donné contact, de cum = avec, ensemble).
|
Genre d'une courbe plane : |
On définit alors le genre (introduit par l'allemand Clebsch) d'une courbe plane, permettant leur classification : ½(n - 1)(n - 2) - d. Si, en un point multiple d'ordre p, les tangentes à (c) sont distinctes, alors ce point multiple équivaut à ½p(p - 1) points doubles.
Pour
en savoir plus :
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Équations algébriques : |
Une équation algébrique sur Q (resp. sur R) si elle est de la forme P(x) = 0 où P est un polynôme dont les coefficient sont des nombres rationnels (resp. réels ou complexes).

On ne confondra pas
les équations algébriques avec le concept de
nombre
algébrique, c'est à dire solution d'une équation polynomiale P(x) = 0 avec, là,
des coefficients rationnels
(ou entiers puisque l'on peut s'y ramener par réduction au
même dénominateur).