

Source portrait : avec l'aimable
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Saint-Affrique en Aveyron où l'on trouvera une biographie plus
complète en cliquant sur l'image. Éléments biographique : Ibid, +
CDSB +
Académie des sciences.
Né à Saint-Affrique (Aveyron), major de Polytechnique et de l'École Normale Supérieure à 18 ans, sa thèse Sur quelques points de la théorie des fonctions fut dirigée par Darboux (1893).
Maître de conférence à Lille la même année, il enseignera ensuite à l'ENS (1897-1920) et à la faculté des sciences de Paris-Sorbonne sur une chaire de théorie des fonctions (1909-20), puis de probabilités (1920-40).
Directeur scientifique de l'École normale supérieure, ami de Paul Appell (dont il épousa une des filles), de Paul Valéry, de Paul Painlevé (mathématicien, ministre, Président du conseil = premier ministre ou chef du gouvernement comme on disait à l'époque), Borel fut aussi député de l'Aveyron et ministre de la Marine (1925).
Outre ses travaux en mathématiques, Borel étudia les géométries non euclidiennes appliquées à l'espace-temps eu égard à la théorie de la relativité d'Albert Einstein (années 1910). On lui doit, avec en particulier la participation de Darmois, la création (1922) de l'ISUP (Institut de statistique de l'université de Paris) et, financé en partie par le baron de Rothschild, la création (1928) de l'Institut Henri Poincaré pour la recherche en mathématiques pures et appliquées (aujourd'hui rattaché au C.N.R.S.).
Borel reçut le Grand Prix des sciences mathématiques de l'Académie des sciences (1898) pour son étude relative aux séries divergentes. Élu à ladite Académie (1921), il en sera président en 1934. Membre du Bureau des longitudes (1946), il reçut la première médaille d'or du CNRS (1954). Borel, à l'image de Kronecker, est considéré comme un mathématicien constructiviste.
Institut Henri Poincaré (site externe)
:
ISUP
:![]()
| Borel, un des fondateurs de la théorie de la mesure : |
Borell fut à l'origine, avec Jordan, de la théorie de la mesure des ensembles (1897) qui annonce l'intégrale de Lebesgue (1902), de la théorie des jeux stratégiques et de la cybernétique que développeront les américains Von Neumann, Morgenstern et, en France, Couffignal.
Très importants travaux et résultats :
en calcul des probabilités : cas finis ou dénombrables (Les probabilités dénombrables et leurs applications arithmétiques, 1909), espaces probabilisés sur une tribu (l'origine de ce terme est attribué à Bourbaki) d'un espace topologique : Traité du calcul des probabilités et de ses applications (1925-1940).
| La σ-algèbre (tribu), ensemble mesurable, application mesurable : |
Ce concept sera l'outil de base de la théorie de la mesure des parties d'un espace topologique. La mesure, au sens topologique, généralise la notion élémentaire de mesure d'un segment, ou d'une aire (au sens de Riemann ou de Jordan, par exemple) et est indissociable de la nouvelle théorie de l'intégration que Lebesgue mettra en place de 1901 à 1902.
Une σ-algèbre
, aussi appelée
algèbre de Borel
ou tribu (appellation de Bourbaki) d'un ensemble E, est une famille de parties de E,
donc sous-ensemble de
(E), contenant E lui-même et
stable par complémentation et réunion dénombrable, ce qui s'écrit :
E est élément de
;
si K est élément de
, alors
K aussi
(complémentaire de K dans E);
si (Kn) est une suite (finie ou non) d'éléments
de
, alors
est
élément de
.
Il
découle de ce ces axiomes de définition, qu'une
σ-algèbre
est aussi stable par intersection finie ou dénombrable et que
(E) est une tribu
sur E.
Il est clair que toute intersection de tribus est une tribu et si F est un ensemble de parties d'un espace topologique X, parmi les tribus qui contiennent tous les éléments de F, il en existe une plus petite (au sens de l'inclusion) que toutes les autres, dite tribu engendrée par F : c'est l'intersection de ces tribus.
Ensemble mesurable :
On
qualifie ainsi tout ensemble E muni d'une tribu
. On note souvent (E,
)
un tel ensemble.
![]()
Soit f une application de E vers F
(E et F quelconques). Si A est une partie de F, on pose f-1(A) =
{x
E / f(x)
A},
image réciproque de a par f. Montrer que si T est une tribu de F, alors son
image réciproque par f
(ensemble des images réciproques de ses éléments) est
une tribu de E.
Application mesurable :
Si (E,
)
et (F,
) sont des ensembles mesurables
et f une application de E dans F, f est dite mesurable si l'image réciproque
(cf. exercice ci-dessus) d'une
partie mesurable de f est une partie mesurable de E :
| Tribu borélienne, corps de Borel : |
Dans un espace topologique X, on appelle tribu borélienne, ou tribu de Borel, la tribu engendrée par les ouverts de X. Eu égard à la définition d'une s-algèbre, elle est aussi engendrée par les parties fermées.
Lorsque X = R, on
peut montrer que la tribu borélienne est engendrée par les intervalles ouverts de la
forme ]a , +
[,
a
R
;
on peut même se contenter de choisir a dans un
ensemble partout dense de R : l'ensemble Q des rationnels, par
exemple. Pour désigner cette σ-algèbre
particulière, on parle parfois, mais ce n'est pas pertinent, de
corps de Borel.
Une application d'un espace topologique X vers un espace topologique Y est dite borélienne, si l'image réciproque par f de tout borélien de Y est un borélien de X.
![]()
Montrer que toute application continue f de R
dans R est borélienne.
| Notion de mesure sur une tribu d'un espace topologique : |
désignant une tribu
d'un espace topologique X, une mesure sur
(X,
) est une application m
σ-additive
de
dans ]-
, +
].
La σ-additivité
introduite par Borel exprime que pour toute réunion dénombrable
d'éléments de
deux
à deux disjoints (d'intersection vide) on a :
![]()
Lorsque
est la tribu borélienne, on parle de
mesure de Borel.
On dira que K est négligeable pour la mesure m, ou encore m-négligeable si m(K) = 0. Relativement à la mesure m, une propriété P(x) est dite vraie presque partout sur K, si l'ensemble des x de K pour lesquels elle n'est pas vérifiée est m-négligeable.
Dans le cas d'espaces de Riesz de fonctions définies sur un espace topologique localement compact, on adjoint à la définition d'une mesure un axiome de continuité qu'utilisèrent systématiquement les mathématiciens « bourbakistes » :
| Tribu et espace probabilisé : |
Noter que m(Ø)
= 0 et si, lorsque m est positive (c'est à
dire m(K)
0 pour tout K de
),
on a m(X) = 1, alors
m s'identifie à une probabilité
sur
et on parle de tribu d'événements.
L'espace X, souvent appelé univers
(et noté Ω) sur
lequel est ainsi défini une probabilité est dit
probabilisé et se note (X,
,m).
Kolmogorov et la définition axiomatique d'un espace
probabilisé :![]()
![]()
Soit X une
variable aléatoire discrète
(c'est à dire ne prenant qu'un nombre fini ou dénombrable de valeurs) définie
sur un espace probabilisé W
muni d'une tribu d'événements T et à valeurs dans un ensemble E. Soit F une
partie de E.
Montrer que les ensembles {w / X(w)
F}
constituent une sous-tribu de T
(tribu engendrée
par X).
Variables aléatoires indépendantes :![]()
|
Lien entre la mesure d'un ensemble et l'intégrale d'une fonction positive : |
On note 1
Si A est un intervalle
de bornes a et b, la distance de a à b, a pour
mesure b - a et coïncide avec l'intégrale
1Adx. Dans le cas plus général d'une fonction f en escalier, l'intégrale de f
sur [a,b] apparaît comme étant l'aire du domaine (mesure
de sa surface) sous la "courbe" : d'où le principe d'intégration de
Riemann
en approchant une fonction par des fonctions en escalier.
| Mesure de Borel-Stieltjes : |
F désignant une fonction numérique, croissante et continue à droite, on peut lui associer une
mesure µ, unique, vérifiantµ(]a,b]) = F(b) - F(a).
Lorsque F admet
une limite nulle en -
,
F est appelée fonction de répartition de
µ et si µ s'avère être une probabilité (cf
ci-dessus), la limite en +
de F est 1. Lorsque F est l'application identique, on parle de
mesure de Borel de la droite réelle µ(]a,b]) = b - a.
Introduction à l'intégrale de Stieltjes :
| La loi forte des grands nombres : |
Il s'agit là de la première "découverte" de cette loi des grands nombres dite forte, comparativement à la loi faible) exprimée par Borel en 1909 dans son traité Les probabilités dénombrables et leurs applications arithmétiques où il définit le concept de nombre normal :
Soit (Xn) est une suite de variables aléatoires indépendantes, de même loi, d'espérance mathématique finie m, sur un même espace probabilisé. Alors :
C'est dire que la suite
de terme général Yn =
converge vers la constante m
presque sûrement.
Une suite (An) d'événements est dite
indépendante ou
mutuellement indépendante lorsque tout sous-ensemble fini {Ai1, Ai2,
..., Aip} de ces événements constitue une famille d'événements
indépendants, autrement dit : Prob(Ai1
Ai2
...
Aik)
= Prob(Ai1)
Prob(Ai2)
...
Prob(Aik).
Bayes
Une variante de la loi des grands nombres de Bernoulli (dite faible) fut énoncée par Poisson en 1837.
| Théorème (ou lemme) de Borel-Cantelli : |
Ce résultat, exprimé par Borel en 1909 dans ses
Éléments de la théorie des probabilités, fut repris par
Cantelli en 1917 dans une approche plus précise :
Si (An) une suite dénombrable d'événements d'un espace probabilisé, alors :
Si la série ΣProb(An) converge, alors seul un nombre fini des An peuvent se produire simultanément. Autrement dit, l'événement « une infinité d'événements An se produisent simultanément » est impossible (probabilité 0).
Si la
série ΣProb(An) diverge (limite +∞) et
si les An sont indépendants (
ci-dessus), alors l'événement « une
infinité d'événements An se produisent
simultanément » est certain (probabilité 1).
| Axiome de Borel-Lebesgue : |
Un espace topologique E vérifie l'axiome de Borel-Lebesgue si de tout recouvrement de E par des ouverts, on peut extraire un recouvrement fini. On dit alors que E est quasi-compact.
Si E est séparé, alors E est compact.
Lebesgue Topologie, différents types de compacité :![]()
| Théorème de Borel-Lebesgue : |
Dans un espace normé de dimension finie, les parties compactes sont les parties fermées bornées.
| Théorème de Heine-Borel : |
Toute fonction continue sur un intervalle fermé [a,b] est uniformément continue sur [a,b].
| Une approximation de p : |
Dans une publication intitulée
Sur l'approximation des
nombres réels par les nombres quadratiques (Bulletin
de la Société Mathématique de France, 1903), Borel
constate que la partie décimale de 8p est "très
voisine" de celle de
229 : leur
différence est en effet de l'ordre de 4,7 x
10-6. On a donc
229 + 10
8p. Ce qui
conduit à une valeur approchée de p (à moins
de 5 x 10-6 près) au moyen
de la formule :

Le texte
numérisé contient curieusement une erreur : 1/2 au lieu de 1/4 devant le
radical.
| Le concept de nombre normal : |
Dans son mémoire Les probabilités dénombrables et leurs applications arithmétiques, paru en 1909, Borel s'intéresse à la distribution (au sens probabiliste) des chiffres composant un nombre écrit dans une base b et qualifie de nombre normal relativement à la base b, tout nombre x vérifiant la propriété suivante :

où
(a) désigne le nombre
d'occurrences du chiffre a parmi les n premiers chiffres de l'écriture en
base b de x. Borel s'attache tout particulièrement à la base b = 2 (nombres
dyadiques) et aux nombres réels de l'intervalle [0,1] et démontre que tout nombre réel est normal à l'exception d'un
ensemble de nombres de mesure nulle au sens de Lebesgue
: les entiers naturels (le nombre de chiffres est fini), les nombres rationnels (leur
développement est périodique) et quelques autres sans
doute... : la preuve de la normalité du célébrissime p
n'est pas établie aujourd'hui (novembre 2009).
Concrètement, en choisissant la base 10, donc l'écriture usuelle avec nos chiffres 0 à 9, dits arabes, considérons le nombre p :

Pour n grand, la proportion de 0, de 1, de 2, ... de 9 dans les n premiers chiffres semble la même et de l'ordre de 10% (1/b = 1/10). On peut facilement vérifier ce résultat au moyen des ordinateurs : p semble normal. Ouff !..
En admettant que la présence consécutive d'un chiffre c et d'un
chiffre c' sont des événements indépendants, il vient que, pour un nombre
normal, la proportion de 00, 01, ... 99 dans les n premiers chiffres est la même
et de l'ordre de 1/10
1/10,
soit 1%. De même pour les séquences de 3 chiffres consécutifs : 1
(1 pour mille).
On voit sur la dernière ligne de l'approximation de p ci-dessus la présence de six 9 consécutifs : si p est normal, comme on le pense, cette occurrence a autant de chances de se produire que les autres : à savoir 1 chance sur 1 000 000 dans l'écriture de p. A noter que la normalité d'un nombre dans une base n'assure pas sa normalité dans une autre !
Définition et théorème de Borel :
Borel qualifie d'absolument normal, un nombre réel normal relativement à toute base. Il prouve qu'un nombre absolument normal est irrationnel et que :
Presque tous les nombres réels sont absolument normaux
Presque tout signifiant à l'exception d'un ensemble
négligeable, c'est à dire de mesure de Lebesgue nulle.
Les nombres normaux furent
ultérieurement étudiés tout
particulièrement par le statisticien anglais David G.
Champernowne, professeur à Cambridge (1912-2000) qui nous a légué (1933) un nombre normal
portant son nom :
0,123456789101112131415161718192021222324252627...
Vous avez certainement compris l'algorithme de fabrication de ce nombre également transcendant. On ne sait pas si ce nombre est absolument normal.
Pour en savoir
plus :
Éléments de Mathématique, Topologie générale, Ch. 1, §9 - N. Bourbaki, Éd. Hermann, Paris - 1965