
Natif
de Fontenay le Comte (Vendée), François
Viète étudia le droit à l'université de Poitiers. C'est ainsi qu'il fut un avocat
renommé auprès de cours princières puis conseiller, dès 1571, au parlement de
Paris (cour de justice) sous Henri
III et Henri IV. Mais Viète s'intéresse à l'astronomie et découvre les
mathématiques.
En tant que conseiller, sa notoriété s'accrut par ses capacités à déchiffrer les codes secrets des puissances étrangères, en particulier lors de la guerre entre la France et l'Espagne. Notoriété qui lui valut des accusations de sorcellerie...
On lui doit de nombreuses publications de géométrie (coniques, problèmes de construction, trisection de l'angle, quadrature du cercle). Selon certains historiens, il aurait perçu avant Kepler la nature elliptique des orbites planétaires dans son Harmonicon Coeleste, vers 1597, mais ce traité est hélas perdu.
| L'apport du système décimal positionnel : |
Dans un important ouvrage, Canon mathematicus, seu ad triangula cum appendicibus, publié à Paris en 1579 et commencé en 1571, Viète développe la trigonométrie plane et sphérique, et, dans un addendum, tend à imposer le calcul décimal au détriment du système sexagésimal (base 60) en usage depuis l'Antiquité :
"En mathématiques les soixantièmes et les soixantaines (c'est à dire la base 60 qu'utilisèrent les mathématiciens babyloniens puis grecs) doivent être d’un usage rare ou nul. Au contraire les millièmes et les mille, les centièmes et les centaines, les dixièmes et les dizaines doivent être d’un usage fréquent ou constant". Source : Mathématiques et mathématiciens, J. Itaard & P. Dedron, 1972.
Canon Mathematicus sur Gallica (en latin) :
Les systèmes de numération :![]()
L'écriture
actuelle n,dcm... d'un nombre décimal, préconisée par Viète, distinguant les parties
entière et décimale (d=dixièmes,
c=centièmes, m=millièmes,...) est sans doute antérieure et due
à l'astronome hollandais Snellius.
Viète utilisa une écriture proche en collant la partie fractionnaire à la
partie entière comme dans :

Son œuvre principale sera In Artem Analyticam Isagoge (1591), publié à Tours, premier grand traité d'algèbre symbolique. Viète est considéré, en France, comme étant à l'origine du calcul algébrique "moderne". Il écrit encore en latin, à la façon de Bombelli, mais en utilisant les signes opératoires actuels + et - pour la somme et la différence, hérités de l'allemand Widmann, ce qui allège sensiblement la lecture.
Dans une équation, les consonnes (resp. les voyelles) sont les paramètres connus (resp. les inconnues). Il utilisa le terme actuel de coefficient dans une équation. Un demi-siècle plus tard, Descartes adoptera cet usage qui se répandra dans toute l'Europe.
| Les équations ax2 + bx = c et x3+ ax = b |
Viète résolut complètement l'équation du second degré ax2 + bx = c. Il affirma pouvoir ramener les problèmes de son époque à la résolution d'équations et émet, à juste titre, la conjecture selon laquelle la trisection de l'angle est liée à l'équation du 3è degré qu'il résolut dans sa forme x3 + ax = b lorsque a et b sont des nombres positifs.
Les racines négatives d'une équation sont considérées comme fausses et il évite toute discussion sur le sujet ! Mais les racines imaginaires sont déjà "inventées" grâce au génie de Bombelli et Viète sera aussi l'un des premiers à pressentir, suivi par Girard et Descartes, le théorème fondamental de l'algèbre que d'Alembert puis Gauss démontreront.
| Relations (ou fonctions) symétriques des racines : |
Viète remarque, tout comme Harriot, les relations, dites parfois aujourd'hui de Viète, existant entre les solutions et les coefficients d'une équation algébrique : ramenant à 1 le coefficient du terme de plus haut degré, notons x1, x2, ..., xn les solutions (éventuellement multiples). On a :
x1 + x2 = -p
x1x2 = q
x1 + x2 + x3 = -p
x1x2 + x2x3 + x3x1 = q
x1x2x3 = -r
Par exemple, pour l'équation
du 3ème degré : x3 + 3x2 - 2x - 6
= 0, en notant simplement a, b et c les racines (réelles ou
complexes), on aura : a + b + c =
-3 , ab + ac + bc =
-2 , abc = 6
x1 +
x2 + ... + xn =
-an-1
x1x2
+ x1x3 + ... + xn-1xn
= an-2
(somme de
tous les produits 2 à 2)
x1x2x3
+ x1x2x4 + ... +
xn-2xn-1xn =
-an-3 (somme de tous les
produits 3 à 3)
...
x1x2...xk
+ x1x2...xk+1+ ... +
xn-kxn--k+1...xn =
(-1)kan-k (somme
de tous les produits k à k)
...
x1x2...xn
= (-1)nao.
Ces relations seront étudiées par Girard et Descartes, puis Lagrange et Cauchy, lesquels perçoivent leur rôle dans la résolution générale des équations algébriques. Mais ce sera Galois qui montrera au 19è siècle, au moyen de la théorie (naissante) des groupes finis, que les équations de degré supérieur à 4 ne sont généralement pas résolubles par radicaux (i.e. les solutions ne peuvent s'exprimer au moyen de combinaisons de racines carrées, cubiques, ..., n-èmes des coefficients).
![]()
1°/ En application de ces résultats de ces formules, on
montrera que deux équations algébriques de même degré ont les mêmes racines si
et seulement si leurs coefficients sont proportionnels (l'un étant nul, l'autre
devra aussi l'être).
2°/ Pour quelles valeurs de m l'équation x4 - 6x3 + mx2 - 11x + 6 = 0 a-t-elle
deux racines de somme 2 ?
| La trigonométrie et le calcul de p : |
Viète précise et développe la trigonométrie de Regiomontanus et donne, ce qui est tout à fait impressionnant pour l'époque (1593), une expression de p sous la forme d'un produit infini d'irrationnels simples :
![]()
On note un le terme général de ce produit
infini contenant n radicaux. En particulier u1 = 2/
2
=
2. Exprimer un
en fonction de un-1. Justifier que cette suite est croissante,
majorée par 2. En déduire sa convergence et calculer sa limite.
prolongement
: exercice niveau sup/spé
| Formule de Viète ou théorème de Pythagore généralisé ou encore théorème d'Al Kashi : |
Viète étudia aussi la résolution des
triangles et la formule, dite
de
Viète, généralisant
le théorème de Pythagore
pour un triangle ABC dont les côtés mesurent a, b et c,
remonte en fait à des temps plus anciens. On la doit en effet
au mathématicien arabe Al
Kashi :
Notons
cependant que sous une forme purement géométrique, avec
l'introduction d'une hauteur convenable, ce résultat
était déjà présent au livre II des
Éléments d'Euclide
: