
Al-Kashi,
dit Ghyath
ad-din (auxiliaire de la
foi) est originaire
de Kachan, en Iran, d'où son nom, il fut
astronome à Samarcande, en
Ouzbékistan. Un des plus grands mathématiciens de
l'époque. On ne connaît que l'année approximative
de sa mort : 1436 ou 1439.
Dans son principal traité
(Maqalat Gamshid), il développa l'usage des nombres
sexagésimaux (système de numération en
base
60 qu'utilisaient les astronomes
Babyloniens),
du calcul trigonométrique, mais aussi des
fractions
décimales : on lui doit ce terme
dans le calcul de p
qu'il fit en base 60 afin d'être mieux compris par ses
contemporains.
Samarcande, Ouzbekistan, © YvesHanotiau
http://www.skiouros.net/voyages/uz2000/samarcande.html
Al-Kashi définit le dixième de l'unité, puis les dixièmes du second ordre (centièmes), etc. Il fut ainsi, avant Stevin en occident, le premier à exprimer des calculs complexes aux moyen des nombres indiens (calculs décimaux) dans sa Clé de l'arithmétique (Miftah al hisab, 1427). S'inspirant de son illustre ancêtre et confrère At-Tusi, il y traite également des racines n-èmes d'un nombre en apportant des formules de calcul approché héritées de ses prédécesseurs. Il précise également des calculs du type (a + b)n en usant de ce qu'on appelle aujourd'hui le triangle de Pascal, déjà utilisé par Omar Khayyam.
| Un calcul remarquable de p ! |
C'est par la méthode des périmètres qu'Al-Kashi calcula le rapport de la circonférence à son rayon, c'est à dire 2p, en base 60, avec 9 positions, soit, par conversion qu'il exprime, l'équivalent de 16 décimales (Traité sur le cercle, 1424), excellente approximation alors jamais atteinte :
La plus précise connue alors était celle du mathématicien chinois Tsu Chung Chi (vers l'an 450) qui, par la méthode des périmètres, avait obtenu l'encadrement :
A
cette époque, p
n'est pas encore le statut de nombre. Il n'est
que le rapport de la circonférence au diamètre du
cercle comme l'avait étudié Archimède.
La première apparition du
symbole
p
semble être due à
Oughtred.
| Théorème d'Al-Kashi : |
Relative à un triangle ABC de côtés AB = c, BC = a, CA = b, on doit à Al-Kashi la généralisation du théorème de Pythagore et s'exprimant depuis Viète sous la forme :
Si l'angle ^A est droit on retrouve la formule de Pythagore a2 = b2 + c2. Ce résultat fondamental pour la résolution des triangles (calcul des 3 angles et des 3 côtés), est parfois appelé théorème de Pythagore généralisé ou encore règle du cosinus.
Par
exemple, dans un triangle ABC, on a ^A = 45°, AB = 4
2
et AC = 6. Calculer BC ainsi que les angles ^B et ^C.
Rép : l'application de la
formule ci-dessus fournit a2 = BC2 = b2 + c2
- 2bc.cos^A = 36 + 32 - 48
2cos45° =
20; d'où BC = 2
5. On peut maintenant
écrire b2 = a2 + c2 - 2ac.cos^B, soit 36
= 32 + 20 - 16
10.cos^B, d'où cos^B =
1/
10 et ^B = 71,6°
à 0,1 près. Enfin
^C = 180° - ^A - ^B = 63,4° (à 0,1 près).
La preuve
de ce résultat est très simple par usage des formules trigonométriques dans le
triangle rectangle. Lorsque le triangle ABC est non rectangle, on devra
distinguer deux cas suivant que l'un des angles, ici l'angle Â, est aigu ou
obtus, tout en faisant usage de la hauteur (CH)...

Mais, sous une forme purement géométrique, ce résultat attribué à Al-Kashi de par sa démarche trigonométrique, fait l'objet des propositions 12 (cas obtus) et 13 (cas aigu : triangle acutangle) du livre II des Eléments d'Euclide :
![]()
1. Ci-dessous, on peut admirer un beau cerf-volant.
Observer le codage et montrer que le cosinus de l'angle aigu est tout
simplement 3/5.
En déduire son sinus et sa tangente.
Indic :
utiliser le théorème d'Al-Kashi de 2 façons pour un même segment..

2. Trois exercices de résolution de triangles : #1 , #2 , #3
3. Un résultat bien évident ! juste pour s'amuser... (niveau 1èreS) : clic
4. Système bielle-manivelle (niveau TerS) : clic...
|
Un autre résultat géométrique d'Al-Kashi : |
Dans un triangle ABC, avec les notations usuelles et ^A désignant l'angle A, la formule :
(a + b + c) x r = bc.sin^A = ac.sin^B = ab.sin^C
exprime le rayon du cercle inscrit en fonction des côtés d'un triangle et de l'angle défini par ces côtés, ainsi que l'aire S du triangle sous la forme (a + b + c) x r /2, soit
S = ½bc.sin^A
Cependant, selon A. P. Youschkevitch,
Al-Kashi ne fait pas explicitement allusion à cette formule de l'aire du triangle; ce serait
Snell qui l'aurait utilisée pour la
première fois dans ses calculs de triangulation. S = ½bc.sin^A se
calcule de façon évidente à partir de la
formule élémentaire S = ½bh. Rappelons aussi la formule intéressante abc =
4RS, où R désigne cette fois le rayon du cercle circonscrit, que
l'on déduit facilement de la
formule des sinus
ci-après.
A
partir des formules S = ½bc.sin^A et a2
= b2 +
c2 - 2bc.cos^A,
on peut établir la formule, dite de Héron
d'Alexandrie :
![]()
donnant l'aire d'un triangle en fonction des seuls côtés : de la seconde formule, on exprime cos^A en fonction de a, b et c. On élève au carré et on on exprime alors sin2^A = 1 - cos2^A :

On remarque que chaque parenthèse contient une identité remarquable. En posant, traditionnellement, p = ½(a + b + c), demi-périmètre du triangle, on est conduit à :
![]()
Or, l'aire S du triangle est ½bc.sin^A. Ce qui établit la formule cherchée.
| Formule des sinus : |
La formule ci-dessus appliquée aux angles ^B et ^C, conduit à la formule des sinus :
où ces trois rapports sont égaux au diamètre 2R du cercle circonscrit.
Preuve de cette formule usant des angles
inscrits
, exemples d'application
| Valeur approchée d'une racine n-ème : |
Lorsque N désigne un nombre entier, soit x le
plus grand entier tel que xn
N, c'est à
dire la partie entière de la racine n-ème de N. Alors :

Dans le cas d'une racine carrée (n = 2), on a (x + 1)2 - x2 = 2x + 1, d'où la formule :

Exemple : soit à calculer une valeur approchée de la racine cubique de 79656. On a 433 = 79507 et 443 = 85184. D'où :

Une calculatrice scientifique fournit 43,0268 pour cette racine cubique. Pas mal...

Cette formule d'approximation,
d'autant plus valable que N et n sont grands, s'établit par
interpolation linéaire : posons y = f(x) = xn
et y1 = f(x1)
= f(x + 1)n. On cherche à
évaluer x + α = xα
]x,x1[,
racine n-ème du nombre N, y
N
y1
connaissant x, racine n-ème de y et x1, racine
n-ème de y1. On remplace l'arc de courbe de la
fonction f sur [x,x1] par le segment [MM1].
La formule d'interpolation linéaire fournit
le nombre :

comme approximation de N = f(xα). En remplaçant xα et x1 par leurs valeurs respectives x + α et x + 1, il vient que N = f(xα) a pour approximation xn + α[xn+1 - xn]. Autrement dit :

et, par conséquent :

est l'approximation cherchée de la racine n-ème de N.
L'observation graphique montre que les courbes représentatives de x
xn apparaissent d'autant plus linéaires que x et n sont grands. C'est
dire que les approximations seront moins grossières dans ce cas. On reconnaîtra
à gauche la représentation des fonctions puissances pour n = 2, 3, 4, 5, -
et 7.
| Autres travaux arithmétiques : |
Al-Kashi exprime dans le Maqalat de nombreux problèmes ouverts (non résolus) comme :
la recherche de trois cubes entiers a3 , b3 , c3 tels que a3 + b3 = c3. Il faudra attendre Fermat et Euler pour la preuve de l'inexistence d'une solution à ce problème.
ou encore :
Rechercher un triangle rectangle dont les
côtés sont des carrés parfaits.
Cela revient à rechercher a4, b4,
c4 tels que a4 + b4 = c4
: on sait aujourd'hui (1995), grâce au
mathématicien Wiles,
que ces problèmes n'ont pas de solutions.
Pour
en savoir plus sur les mathématiques arabes :