
L'usage des fonctions complexes (comme pourrait l'indiquer leur nom...) n'est pas simple. Lors de la définition de telles fonctions, on rencontre généralement des difficultés au niveau de la détermination de l'image : non unicité, défaut de continuité. On parle de fonction multiforme s'opposant aux fonctions uniformes (qualificatif dû à Hermite) : unicité de l'image.
La définition de ces fonctions entraîna des débats houleux au 18è siècle entre les grands mathématiciens de l'époque comme Euler, Jean Bernoulli, Leibniz, d'Alembert. Elles ont permis de développer, avec Cauchy et Weierstrass la théorie des fonctions analytiques (fonctions développables en série entière).
Attention
aux risques de confusion avec les notions de
continuité uniforme et de
convergence uniforme
: rien à voir !
Si la définition de la fonction carrée z
z2
, de la fonction inverse z
1/z
ou de la fonction exponentielle z
ez ne pose pas de
problèmes majeurs, il n'en va pas de même, par exemple, avec les tentatives de
définition des fonctions racine carrée et logarithme.
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a) En admettant la formule d'Euler
et en dérivant cos x + i.sin x par rapport à x, montrer que la fonction dérivée
de x
eix n'autre que x
i.eix.
b) On pose z = x + iy et pour tout
complexe z : exp(z) = ex(cosy
+ i.siny). Vérifier que exp(z + z') = exp(z) x exp(z').
Définition en tant que série entière de l'exponentielle
complexe :
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Cas de la racine carrée complexe : |
Si z est un nombre complexe, on peut
l'écrire :
z = r x ei(q + 2kp)
où r est le module de z et est q un
argument de z, défini à 2kp
près.
Lorsque k décrit Z, z reste inchangé. Les
racines
carrées de z dans C sont alors
r x
ei(q/2 +
kp). On est en présence d'une fonction
multiforme : deux images opposées. Laquelle choisir ?
Problème a priori insoluble quel que soit le
choix car nous travaillons ici dans C, assimilable à R2
:
Supposons (schéma ci-contre) qu'un complexe z' décrive une boucle ne
contenant pas l'origine, son argument "augmente" puis revient à sa valeur
initiale après un tour complet.
Par contre, si, tel z sur le schéma ci-dessus, on décrit une boucle contenant O, alors son argument augmente de 2p : z reprend donc sa valeur initiale mais, "pendant ce temps là", l'argument de la racine carrée choisie verra son argument augmenter de p. Au final, on retombe sur l'autre détermination de la racine carrée ! On dit que l'origine est un point critique pour la fonction racine carrée : elle est une fonction multiforme autour de O.
Pour remédier à ce problème, Riemann imagine un artifice redéfinissant l'ensemble de définition des fonctions complexes : on parle aujourd'hui de surfaces de Riemann sur lesquelles ces fonctions redeviennent uniformes (nos fonctions usuelles : l'image est unique).
Voici, ci-dessous, une représentation de la surface de Riemann associée à la fonction racine carrée complexe due à Jean Bass dans son Cours de Mathématiques (tome II, Fonctions analytiques, Ed. Masson, 1964) :

On "clone" le plan complexe que l'on représente par deux feuillets C(1) et C(2) reliés entre eux par le demi-axe positif, appelé coupure. L'origine O qui pose ici problème, est appelé point de branchement. Aucune boucle autour de O ne doit franchir cette coupure à moins de passer de C(1) à C(2) ou inversement. Dans ces conditions, z ne reprendra sa valeur initiale qu'au bout de 2 tours.
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L'origine du plan
complexe n'est pas toujours la fautive ! Si vous cherchez à donner un sens à la
racine carrée de la fonction z |
Ayant
fait le choix d'une détermination de la racine carrée, celle-ci devient
uniforme sur la surface de Riemann, ce qui autorise alors la notation
z.
Dans le plan ainsi coupé, cette
fonction est cependant discontinue en tout point de la coupure.
Cette "astuce" de Riemann permet
par exemple d'appliquer le théorème des résidus non
utilisable dans C du fait de la discontinuité produite par toute rotation
autour d'un point de branchement.
Ci-dessous : Une autre vision (à gauche) de la surface de Riemann associée à la racine carrée complexe, plus esthétique grâce à l'informatique. à droite un compromis fabrication maison : le complexe z tourne autour de O dans C(1); en butant sur la coupure, il plonge dans C(2), fait un tour complet et bute de nouveau sur la coupure dans C(2) : z refait surface dans C(1) pour revenir à son point d'origine au bout de 2 tours.
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Cas du logarithme complexe : |
Si q = Arg z (argument principal) est l'argument principal d'un complexe z de module r, on a z = r x eiq mais aussi z = r x ei(q + 2kp). Si le logarithme du nombre complexe z est calqué sur le logarithme du cas réel par prolongation, il peut logiquement se définir par :
Log z = Log (r x eiq) = ln r + iq x ln e = ln r + iq où ln désigne le logarithme népérien
Mais ce devra être aussi Log (r x
ei(q
+ 2kp)) = ln
r + iq
+2ikp : il s'agira donc une fonction
multiforme. On conçoit que la surface de
Riemann associée à Log z possède une infinité de feuillets (surface
hélicoïdale).
En tant que fonction réciproque de la fonction exponentielle complexe, il s'agira d'être extrêmement prudent... : on obtient une fonction uniforme (image unique) en utilisant le logarithme principal et il ne s'agira pas de tourner autour de l'origine qui est, là encore, un point critique. D'où la nécessité de restreindre l'ensemble de définition de Log z à un plan coupé par une demi-droite arbitraire : l'usage est de choisir le demi axe négatif.
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1.
On définit le logarithme principal dans C*par
Log z = ln r + iq
avec
q
= Arg z
a) Calculer Log(i) et log(-i); comparer Log z et Log
.
b) Comparer Log(z) et Log(-z)
Attention dans cette question :
les étourdis
prendront conscience que q dans
Log z = ln r + iq
n'est pas un argument de Log z
mais sa partie imaginaire !
2. Le plan complexe
est maintenant coupé selon le demi-axe négatif.
Pour tout z
C - R-, on
pose Log z = ln r + iq
avec
q
= Arg z.
a) Soit j la racine cubique de l'unité : j =
[1;2p/3] = -1/2 + i
3/2.
Montrer que Log j2
2Log j.
b) On pose z = x + iy et z' = x' + iy'. Montrer que si yy' < 0, alors Log(zz') =
Log z + Log z'.
c) Soit a strictement négatif. On pose z = a + iy, y > 0, Arg z =q
et z ' = a + iy', y' < 0, Arg z =
q'. Calculer Log z - Log z'.
Déduire, en faisant tendre y et y' vers 0, que Log z ne se prolonge pas
continûment à C*.
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Sphère de Riemann : |
On se place dans l'espace euclidien usuel, C étant
assimilé au plan P = (xOy). Considérons la
sphère S centrée en O, de rayon 1. Envoyons
alors
S sur C par
projection stéréographique (
Hipparque) de pôle N,
pôle nord de S. Le cercle unité de P est invariant. N n'a pas d'image : elle est
rejetée à l'infini avec un argument indéterminé : on identifie à un seul point
les points à l'infini des demi-droites [N,
[ parallèles à P et notons
ce "point à l'infini". Ce point à l'infini peut être défini par z
|z|
1/z
0. L'argument de
est indéfini.

On note généralement
, l'ensemble C
{
}.
On convient que k/0 =
pour tout k non nul de C et que 1/
= 0. Topologiquement, en choisissant comme voisinages du point à l'infini,
les ensembles de la forme K'
{
}
où K' est le complémentaire d'un compact de C, on démontre (Cf. QSJ, D. Leborgne) que
, appelé
aujourd'hui
sphère de Riemann, est
homéomorphe à S et que
est compact.
r désignant un réel
positif non nul, On peut choisir les K' comme étant l'ensemble des complexes z
de module strictement supérieur à r : {z
C
/ | z | > r} lorsque r décrit R+-{0}.
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a)
S étant choisi de rayon 1, de
centre O(0,0,0), on s'intéresse à la projection stéréographique M
z de la demi-sphère
"supérieure" S+.
La notation z désigne indifféremment le complexe et son image.
Montrer, avec les
notations ci-dessus que : v/y = Om/Oz = u/x et que zm/zO = w.
b) En déduire que la
projection stéréographique de
S+
sur C est définie (pour M
N)
par :
M(u,v,w)
z = (u + iv)/(1 - w).
Vérifier que | z | = (1 + w)/(1 - w) : la
distance de O à z ne dépend que de w, ce qui semble logique !
c)
Inversement, montrer que z
M(u,v,w) avec u = (z +
)/r, v = (z -
)/r, w = (| z |2 -
1)/r, r = 1 + | z |2.
Lien entre la sphère de Riemann et la projection conforme de Mercator :
Notons l et
j les longitudes et latitude de M sur
S+ assimilée à notre planète (hémisphère
nord plus précisément). On a :
ON = OM = 1, le triangle ONM est isocèle et ^NOM =p/2
- j , on en déduit :
^ONM = ^OMN = p/4 + j/2.
x = Oz.cosl et Oz = tan^ONM = tan(p/4 + j/2), d'où x = tan(p/4 + j/2).cosl.
De la même façon : y = tan(p/4 + j/2).sinl.
On est donc amené à noter z = x + iy =
tan(p/4
+ j/2).eil.
La projection stéréographique est une
transformation conforme (elle conserve les angles) et, pour tout z de C - R-,
le logarithme népérien complexe défini par Log z = ln r + iq
avec
q
= Arg z (argument principal de z) est
holomorphe, c'est donc également une
transformation conforme. Appliquons alors la
fonction k. Log ( k constante non nulle) à z = tan(p/4
+ j/2).eil,
on obtient :
x = k.Log |tan(p/4 + j/2)| , y = k.l (f)
si j est constante (latitude =
cte, on décrit un parallèle de la Terre) alors
x = cte et sa représentation est
une droite parallèle à (Oy).
si l est constante (longitude
= cte, on décrit un méridien de la Terre) alors
y = cte et sa représentation est
une droite parallèle à (Ox).
Ce résultat montre que les parallèles et les méridiens sont représentés par un maillage de
droites perpendiculaires.
Dérivons x par rapport à j dans la formule
(f) ci-dessus : dx/dj
= k/cosj (
primitive de 1/cosx) : on retrouve
le principe de correction de Mercator
pour l'espacement entre les projections des parallèles (cercles de même
latitude). Ce qui prouve que la projection cylindrique de
Mercator est conforme.
Loxodromie et orthodromie :
Jacqueline Lelong-Ferrand
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Surface de Riemann (définition abstraite), cartes, atlas : |
Une surface de Riemann se définit aujourd'hui comme un espace
topologique X localement
homéomorphe au plan complexe pour lequel les homéomorphismes
i
appliquant les ouverts Ui de X sur ceux de C
définis ci-dessous vérifient une condition d'holomorphie
:
les couples (Ui ,
i
) sont appelés cartes;
les composés
i
o
j-1
: C
C sont appelés
changements de cartes ou encore ou
fonctions de transitions;
La restriction de tout
i
o
j-1
à une intersection non vide Ui
Ui
est holomorphe (analytique);
le passage d'un feuillet à l'autre se
fait dans des conditions optimales !
Un recouvrement de X par des cartes est un atlas.
On voit encore ici le lien cartographique déjà rencontré ci-dessus avec la projection stéréographique : on peut dire que les cartes permettent de "lire" dans C ce qui "se passe" sur la surface de Riemann, son image homéomorphe.
Vue ainsi, la sphère de Riemann apparaît comme un cas trivial
de surface de Riemann avec les deux cartes (C, id : z
z)
et (C*
{
},
z
1/z).
De façon encore plus abstraite, une surface de Riemann s'interprète
alors en tant que variété analytique
de dimension complexe 1 dont l'espace topologique
sous-jacent est séparé mais toute
introduction par cette voie dépasse grandement le niveau de cette chronologie.
Pour en savoir plus :
Calcul différentiel complexe, par Daniel Leborgne - Que sais-je n°2560, Presses Universitaires de France.
Cours de Mathématiques, tome 2, Jean Bass - Éd. Masson & Cie -Paris, 1964.
Cours de Mathématiques - 2, Analyse, J.M. Arnaudiès et H. Fraysse, Éd. Dunod Université - Paris, 1989
La Géométrie et les Imaginaires, par Émile Borel et Robert Deltheil - Éd. Albin Michel - Paris, 1931
Surfaces de Riemann : pages de I. Picquenot et J.-F. Viaud : http://jfviaud.club.fr/index.html
Surfaces de Riemann et théorème des résidus : http://www.edu.upmc.fr/physique/aslangul_04001/MathsL3Ch3.pdf