
Aussi appelée
loi de Laplace-Gauss,
la loi normale intervient dans l'étude de
phénomènes quantitatifs aléatoires continus soumis à de
multiples causes (aucune d'entre elles n'étant prépondérante), agissant additivement et indépendamment l'une
de l'autre et dont la répartition des valeurs s'étale
autour de leur moyenne.
par continu,
on entend dont les
valeurs peuvent être des nombres réels quelconques. Un phénomène non continu
est dit discret : ses valeurs sont entières
et dénombrables, c'est le cas de la loi de Poisson.
Notion de variable aléatoire continue :
Gauss ,
Laplace
Si X est la variable aléatoire soumise à une
telle loi, on recherche la probabilité que X prenne ses valeurs dans un
intervalle donné. La densité de la loi
normale de moyenne m (espérance mathématique) et d'écart-type
est :
La densité de la loi normale centrée et réduite (normée) est alors :

Sa
représentation graphique fournit la célèbre courbe en
cloche, également dite cloche de Gauss.
Centrer une variable aléatoire X, c'est faire le changement de
variable X' = X - m où m désigne
l'espérance mathématique de X; on a alors E(X') = 0.
Réduire X, c'est faire le changement de variable X'= X/s
où s désigne l'écart-type de X; on a alors
s(X') = 1. Une variable centrée réduite
s'obtient donc par X' = (X - m)/s
Une loi normale X sera centrée
réduite en posant T = (X - m)/s. Les tables fournissent généralement les probabilités
pour 0
T
5 par
pas de 0,1 (notons que
(4,5) =
0,9999... est déjà sensiblement égal à 1).
Sa
fonction
de répartition, généralement notée
(comme le célèbre
nombre) est alors définie par :
![]()
Noter que la
probabilité d'une valeur ponctuelle, Prob(T = t), est ici nulle : on peut tout
aussi bien poser, comme dans le
cas
discret : p(t)
= Prob(T
t). La
zone jaune ci-dessus représente
p(0) = 0,5.
La zone
verte, pour t > 0, représente l'intégrale de
f sur [o,t] . On a donc
:

Les propriétés élémentaires du calcul intégral et du calcul des probabilités permettent d'écrire :
Prob (a < T < b) =
(b) -
(a)
Prob (-a < T < a) = 2
(a) - 1
![]()
(-t) = 1 -
(t)
Des
tables fournissant
(t) sont à la
disposition des statisticiens. Outre le programme "maison" en ligne ci-dessous,
utilisant la
méthode de Poncelet,
on pourra se référer au site Statsoft à
l'adresse :

© Copyright
StatSoft, Inc., 1984-2005 -
z désigne ici notre t
La demande mensuelle X d'un produit, exprimée en
milliers d'unités, a évolué sur l'année écoulée
suivant le tableau ci-dessous :
| Mois | Janvier/Février | Mars/Avril | Mai/Juin | Juillet/Août | Septembre/Octobre | Novembre/Décembre |
| Demande | 100 | 128 | 178 | 150 | 140 | 126 |
En supposant que X suit une loi normale et que la demande restera sensiblement identique pour l'année en cours, calculer la probabilité pour que la demande mensuelle soit supérieure à 125 milliers d'unités.
Réponse : La moyenne est m =
Sxi
/6 = 137. La
variance, carré de l'écart-type
est S(xi -
m)2/6 = S(xi
- m)2/6 - m2 = 23,9..
24. La variable normale centrée
réduite de X est donc T = (X - 137)/24, soit X = 24T + 137 et on a :
Prob (X > 125)
1 - Prob (X
125) = 1 -
Prob(T
-0.5)
= 1 -
(-0.5) =
(0.5) = 0,69
| Loi normale & loi binomiale : |
On
a représenté à gauche les Prob{B = k} d'une loi
binomiale B(6,½). On voit une répartition en cloche
rappelant la loi normale : cette dernière apparaît effectivement en
tant qu'approximation acceptable d'une loi binomiale lorsque n est "grand"
avec p et q = 1 - p "non voisins" de 0.
Les paramètres de la loi normale
sont alors la moyenne
(espérance mathématique) m = np et la variance
(carré de l'écart-type)
2
= npq. Pourquoi cela ?
Explication :
Pour une loi binomiale B(n,p), on a : Prob{B = k} = Cnk x pkqn-k et on sait que :

Une application (un peu compliquée...) de la
formule de Stirling, permet de se
débarrasser des factorielles au profit de l'exponentielle. On aboutit alors, en
posant tk = (k - m)/
(variable centrée réduite) à :
(pk)
C'est ainsi que Prob{B = k} est sensiblement égal (pour n "grand") à f(tk) où f désigne la densité gaussienne.
Il est d'usage de préciser les conditions licites d'approximation (suivant les auteurs : n > 30 ou n > 50 avec npq >10 ou bien np >15 et nq > 15, etc.), mais tout dépend du phénomène étudié et de la précision voulue. Par des raisons de symétrie de la courbe en cloche, l'approximation en question sera d'autant meilleure que si p et q seront "voisins", donc si p et q sont tous deux "proches" de 0,5. Un exemple d'application est donné dans le paragraphe suivant.
Notons
que la loi
binomiale
peut aussi être approchée par une loi de Poisson.
![]()
Une P.M.E. produit des enveloppes
postales dont le poids suit une loi normale N d'espérance mathématique m = 1,950
g et un écart-type de 0,025 g. Ces enveloppes sont conditionnées par lots de
1000. On prend au hasard un lot.
1°/ A combien peut-on estimer dans ce lot le nombre d'enveloppes dont le poids
excède 2 g ?
2°/ Calculer la probabilité qu'au plus 30 enveloppes de ce lot aient un poids
supérieur à 2 g.
Réponses : La variable normale centrée
réduite de N est T = (N - 1,95)/0,025. Donc N = 0,025T + 1,95.
1°/ Prob (N > 2)
Prob (0,025T
+ 1,95 > 2)
Prob(T
> 2)
= 1 -
(2) =
0,0228 = 22,8 o/oo (en pour mille). Le nombre (entier) cherché est
donc 23.
2°/ La situation s'interprète comme un tirage de 30 enveloppes dans une
population d'effectif 1000. Il s'agit d'une loi
binomiale B(n = 1000, p = 23/1000) que l'on peut approcher par la loi
normale de moyenne np = 23, d'écart-type σ =
(npq),
q = 1 - p, soit σ = 4,74. Prob (B ≤ 30) = Prob[T ≤ (30 - 23)/4,74]
0,93.
Loi
binomiale et trompeuse intuition... :
Étudions cet exemple très simple d'utilisation de la loi normale afin d'approcher la loi binomiale :
Si l'on joue n fois (n
pair) à pile
ou face, par exemple 100 fois,
quelle est la probabilité d'obtenir 50 "pile" ?
La réponse qui vient souvent à l'esprit est "0,5" ou "pas loin de 0,5"... Tout à fait faux : on doit ici appliquer la loi binomiale de paramètre n = 100 et p = 0,5. Si X est le nombre de "pile" obtenus :
Calcul des Cnp
par l'ordinateur
:
![]()
On est à 8 chances sur 100, très loin de 50 sur 100 !!!
En
l'absence d'ordinateur, calculer C10050
"à la main" ou 1/2100 n'est pas trivial et une
calculatrice peut également ne pas apprécier... : 50 ! (factorielle 50) est de
l'ordre de 3
1064.
Mais il est ici légitime d'utiliser une approximation de
la loi binomiale par la loi normale (
paragraphe précédent) : on a m = np = 50. L'écart-type
est :
![]()
et tk = (k - m)/
= 0 puisque k = 50. D'où, par usage de la formule (pk)
ci-dessus :
Prob{X = 50}
= 0,7978
0,08
Obtenir
exactement 50 "pile" est
effectivement "très" improbable sur 100 coups... En effet, vous
conviendrez de la proximité des nombres mesurant les probabilités de X = 47 à X
= 53 : ces valeurs varient symétriquement et sensiblement entre 0,07 et 0,08 (le maximum est
obtenu en X = 50) : or 7 x
0,07 = 0,49. Pas loin de 0,5 : on a, grosso modo, 1
chance sur 2 d'obtenir un résultat entre 47 et 53. Plus
n est grand, plus petites sont les chances d'obtenir autant de "pile" que
de "face" !
Voyons cela en termes élémentaires :
Notons P l'événement "pile est sorti" et F l'événement contraire "face est sorti", on a :
si n = 2 : il nous faut 1 "pile". Il y a 22 = 4 éventualités : PP, PF, FF et FP équiprobables; deux sont favorables : PF ou FP; p = 2/4 = 1/2. On a un demi pile !.. En termes de loi binomiale :
p = C21 x (0,5)1 x (0,5)1 = 2 x 0,25 = 0,50
si n = 4 : il nous faut 2 "pile". Il y a déjà là 24
= 16 éventualités. Procédons par ordre... :
- on peut obtenir 4 "pile" : PPPP, soit 1 cas;
- on peut obtenir 3 "pile" : PPPF, PPFP, PFPP, FPPP, soit 4
cas;
- on peut obtenir 2 "pile" : PPFF, PFPF, PFFP, FFPP, FPFP,
FPPF, soit 6 cas;
- on peut obtenir 1 "pile" : cas symétrique de 3
"pile" : FFFP, FFPF, FPFF, PFFF, soit 4 cas
- on peut obtenir 0 "pile" : FFFF, cas symétrique de 1
"pile", soit 1 cas
Sur ces 16 cas, 6 sont favorables : p = 6/16 = 3/8 = 0,375 : la probabilité diminue car le nombre de cas augmente et chacun veut sa part... En termes de loi binomiale : p = C42 x (0,5)2 x (0,5)2 = 6 x 0,625 = 0,375.
si n = 10, il y a 210 = 1024 cas et seulement 252 cas favorables (C105), soit une proba de 1/4 environ.
Combinatoire & calcul des Cnp
:
![]()

Pour éviter des erreurs ou "oublis", on peut aussi procéder en construisant un arbre des éventualités (à gauche) :
La distribution des "pile" est conforme à la courbe de Gauss. Si X désigne le nombre de faces obtenues, on a par exemple :
Prob (X = 1) = Prob (X = 99), Prob (X = 49) = Prob (X = 51), ...
car "pile" et "face" sont complémentaires et équiprobables (en supposant la pièce de monnaie parfaitement équilibrée...).
La probabilité p = 0,5
est, selon la loi faible des grands nombres, une valeur fortement probable lorsque n devient
très grand de la fréquence des "pile". Effectivement, jouez à pile ou
face 100 fois, vos chances d'obtenir un nombre de "piles" proche de 50 sont fortes.
Proche de 50, pas
égal à 50... Bien vu ?
| Étude théorique : |
Soit X le nombre de "pile" obtenus. X suit une loi binomiale B(100, 1/2). On a vu ci-dessus que son espérance mathématique est 50 et son écart-type 5 : calculons alors la probabilité p d'obtenir entre 45 et 55 "pile". En termes de loi binomiale, cette probabilité s'écrit :
(si le "entre" est au sens strict, on sommera de 46 à
54).Le calcul de cette somme n'est pas simple. On obtient 0,632 (sens large) et 0,728 (sens strict). Mais le calcul par sommation est ici encore à éviter : on approxime par la loi normale :
et on lit sur la table de la loi normale centrée réduite :
Ce qui est conforme au calcul exact obtenu par la loi binomiale. Noter que la fourchette 40 < X < 60 est "beaucoup plus" probable, elle fournit p = 0,965.
| Équivalent pour n grand de la probabilité d'obtenir n piles et n faces en jouant 2n fois à pile ou face : |
Cette probabilité (d'obtenir n fois pile et n
fois face) sensiblement égale à
. En effet, la valeur exacte est
donnée par la loi binomiale :

Mais, selon la formule de Stirling, nous avons :

Ce qui fournit :
Ainsi, contrairement à l'opinion commune, plus vous jouez à pile ou face, moins vous avez de chances d'obtenir une probabilité proche de 0,5 pour vos n/2 "pile" : normal, dit la loi normale..., car vous augmentez le nombre d'éventualités, lesquelles ont chacune une petite chance de se réaliser.