ChronoMath, une chronologie des MATHÉMATIQUES
à l'usage des professeurs de mathématiques, des étudiants et des élèves des lycées & collèges

Probabilité de choisir au hasard deux entiers premiers entre eux
     Tentative de preuve (fausse) d'un théorème de Cesaro, ou comment p s'immisce en arithmétique...

Problème :   

On tire deux nombres entiers au hasard dans N. Quelle est la probabilité qu'ils soient premiers entre eux ?

Choisir deux nombres entiers naturels au hasard n'est pas évident, voire impossible puisque il ne vous viendra jamais à l'idée d'aller choisir deux nombres comme 70923401948676590203495686   et   4567893235678901237  ! Le jeu est donc faussé dès le départ. Cependant, il nous faut rester théorique : on est dans le domaine mathématique.

La démonstration rigoureuse de ce beau résultat est complexe. Le raisonnement ci-dessous est inspiré de celui rencontré dans une célèbre Encyclopédie universelle. L'analyse d'une solution bancale est toutefois intéressante, raison pour laquelle il m'a paru intéressant de la citer. Je n'ai pas retrouvé la solution de Cesaro.

Cette page montre, en outre, qu'un raisonnement faux peut hélas conduire à un résultat juste. Pourquoi hélas ? Car, quand on connaît ou quand on conjecture le résultat, on court le risque de croire juste un raisonnement faux conduisant à ce résultat, ce qui peut conduire à des conséquences regrettables...

  Suivez donc bien le raisonnement, il pourrait y avoir une erreur quelque part...

Notons a ^ b le pgcd de deux entiers naturels a et b, d un entier et pk la probabilité de l'événement a ^ b = d. La probabilité cherchée est :

p1 = Prob (a ^ b = 1)

Puisque nous travaillons dans N, non borné, d peut prendre toute valeur et par conséquent, l'événement certain est :

{a ^ b = 1 ou 2 ou 3, ..., ou k, ...}

et il apparaît ainsi que :

p1 + p2 + p3 + ... + pk + ... = 1   (1)

Il nous faut évaluer pk pour tout k > 1 de N.

Dire que a ^ b = k, c'est dire qu'il existe deux entiers m et n premiers entre eux tels que a = mk et b = nk.

Ainsi :

Prob(a ^ b = k) = Prob {a = mk et b = nk et m ^ n = 1}

Il est donc clair (?) que :

Prob(a ^ b = k) = Prob{a = mk} Prob{b = nk} Prob{ m ^ n = 1}

La dernière probabilité écrite est p1. Si vous êtes d'accord (?) , on continue :

Quelle est la probabilité que a = mk ? C'est très simple : dans la division de a par k il peut y avoir k restes allant de 0 à k - 1. L'entier a sera multiple de k dans le seul cas où k = 0. Donc la probabilité cherchée est 1/k en admettant l'équiprobabilité des restes, ce qui semble acquis par translation par exemple, dans la division par 3, on a autant de chances de rencontrer un nombre de la forme 3k + 1 ou 3k + 2). Par conséquent :

Prob(a ^ b = k) = p1/k2

La somme (1) devient ainsi :

p1 + p1/22 + p1/32 + ... + p1/n2 + ... = 1       (1')

Mettons p1 en facteur et chassons la somme factorisée au second membre :

p1 = 1/(1 + 1/22 + 1/32 + ... + 1/n2 + ...)

Or nous savons que 1 + 1/22 + 1/32 + ... + 1/n2 + ... n'est autre que z(2) = p2/6 :

calcul de z(2) :

Nous en déduisons donc :

Prob{a ^ b = 1} = 6/p2.

Un beau et étonnant résultat ! Ce résultat est juste mais, hélas, la démonstration ci-dessus pèche sur un point. Il est écrit plus haut :

« La dernière probabilité écrite est p1. Si vous êtes d'accord, on continue »

Nous aurions dû nous arrêter en n'étant pas d'accord !

En effet, la probabilité que m ^ n = 1 n'est pas ici p1 car m et n doivent être premiers entre eux eu égard au choix de a et b. On ne peut définir de probabilité uniforme sur l'ensemble des entiers : En effet, si nous affectons chaque entier de la même probabilité d'être choisi "au hasard" , la probabilité totale serait non pas 1 mais infinie! Et si nous tentons de maintenir naïvement une équiprobabilité, N étant infini, la probabilité pour chaque entier d'être choisi serait nulle...

Dans le raisonnement ci-dessus, tout se passe comme si nous travaillions non pas dans N tout entier (ce qui n'est pas possible nous venons de le dire) mais dans l'ensemble des entiers inférieurs à Max (a,b).

Et si, pour plus de généralité, l'on tente de travailler dans un ensemble [1,n] pour faire ensuite tendre n vers l'infini, on sera confronté au même problème !

Loi uniforme sur un intervalle [a,b] de R :


  Vous trouverez des preuves plus convaincantes mais moins simples dans :

Et si vous aimez les casse-tête probabilistes, voyez (plus facile) dans Chronomath  :

  Paradoxe de Bertrand , trisection d'un bâton , fille ou garçon


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