ChronoMath, une chronologie des MATHÉMATIQUES
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AUDIN Maurice, français, 1932-1957

Cette page rend hommage au jeune mathématicien français Maurice Audin, marié, père de trois enfants, disparu dans des circonstances restées obscures après son arrestation en Algérie par l'armée française lors de la guerre d'indépendance.

Éléments biographiques : extraits d'un conseil de la mairie du 5ème arrondissement de Paris, présidé par M. Jean Tibéri, en vue d'attribuer une place Maurice Audin. (lien aujourd'hui obsolète). Le projet,  initialement refusé, aboutira en 2004. Photographie : empruntée à Forum Algérie.

Maurice Audin est né le 14 février 1932 à la gendarmerie de Beja en Tunisie. Son père est gendarme métropolitain et sa mère est algérienne d’origine européenne. En 1940, ils s’installent à Alger. Après des études au lycée militaire d’Autun, Maurice Audin termine ses études secondaires à Alger. Ayant obtenu une licence de mathématiques complétée d'un DES d'analyse fonctionnelle, il obtient un poste d’assistant à la faculté des sciences d’Alger (1953) et prépare sa thèse de doctorat d’Etat portant "Sur les équations linéaires dans un espace vectoriel" sous la direction de René de Possel (qui enseigna à Alger de 1941 à 1959).

Maurice Audin était un militant actif du Parti Communiste Algérien (PCA) auquel il avait adhéré en 1950. Il croyait fermement à une Algérie indépendante et fraternelle. Le PCA est dissous le 13 septembre 1955, moins d’un an après le début de la guerre d’Algérie. En janvier 1957, l’armée reçoit la directive des autorités politiques de ramener l’ordre par tous les moyens à Alger.

Dans la nuit du 11 juin 1957, Audin est arrêté à son domicile par des militaires du 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes. Il est emmené au centre de la Villa d’El Biar pour y être interrogé. Sans nouvelles de son mari, Madame Josette Audin apprend des autorités militaires le 1er juillet 1957, qu’il "se serait évadé". Aujourd’hui encore, on ignore dans quelles conditions Audin est décédé.

Comme l’ont rapporté plusieurs témoins, dont le journaliste Henri Alleg dans son ouvrage La Question, il a été torturé et tout porte à croire qu’il est mort sous la torture.

Plusieurs universitaires décidèrent de créer un comité Maurice Audin afin d’établir la vérité sur son "évasion", comité où l’on retrouve les signatures de Michel Crouzet, Luc Montagnier, Laurent Schwartz, Pierrre Deyon, Jacques Panigel, Madeleine Reberioux, Pierre Vidal-Naquet, Albert Châtelet. Ce comité est devenu emblématique de la dénonciation de la torture en Algérie et de la bataille pour la vérité, en particulier sur le sort de Maurice Audin.

Thèse in absentia :

La thèse de Maurice Audin, Sur les équations linéaires dans un espace vectoriel, fut soutenue, fait rarissime, in absentia (en son absence) le 2 décembre 1957 à la Sorbonne à l'initiative de Laurent Schwartz afin de dénoncer l'usage de la torture en Algérie et ce qui apparut, dès le début de l'affaire Audin, comme un crime d'État sinon comme une honteuse bavure de l'Armée française.


Prix Maurice Audin :   

Afin d'honorer sa mémoire et de sensibiliser la communauté mathématique, un prix Maurice Audin fut créé en 1958 et décerné chaque année jusqu'en 1963. Il a revu le jour en 2004 par l'initiative de la SMF (Société mathématique de France) et la SMAI (Société de Mathématiques Appliquées et Industrielles). Il récompense un mathématicien algérien exerçant en Algérie et un mathématicien non algérien (français ou étranger) exerçant en France.

Pour en savoir plus :


Penrose  Poenaru
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